L’approche narrative – Késako ?

Un article d'après Alice Morgan

Une invitation au voyage

La thérapie narrative se veut une approche de conseil respectueuse et non culpabilisante qui considère les clients comme les experts de leur propre vie. Elle considère les problèmes comme distincts des personnes, et part du principe que les gens ont de nombreuses aptitudes, compétences, croyances, valeurs, engagements et capacités qui les aideront à réduire l’influence des problèmes dans leur vie. Le travail consiste à les découvrir à travers les histoires de vie, à mettre en avant ce qui peut servir le client et/ou à tisser des trames d’histoires alternatives si les histoires dominantes sont limitantes.

Les méthodes de travail narratives reposent sur plusieurs principes, mais deux d’entre eux sont particulièrement importants : toujours faire preuve de curiosité et poser des questions dont on ne connait pas la réponse.

On peut imaginer les conversations avec les clients comme des chemins de voyage. Il existe de nombreuses pistes, routes, chemins, autoroutes, traces, mais aussi des carrefours, intersections parmi lesquels choisir. À chaque pas, une nouvelle route ou intersection différente apparaît et à chaque pas nous ouvrons davantage de directions possibles. Nous pouvons choisir où aller et ce que nous laissons derrière nous. Nous pouvons toujours prendre un chemin différent, revenir sur nos pas, revenir en arrière, répéter une piste, ou rester sur la même route pendant un certain temps. Au début du voyage, nous ne savons pas exactement où il va se terminer, ni ce que nous allons découvrir.
Chaque question posée par le thérapeute est un pas du voyage. On peut emprunter tous les chemins, ou certains d’entre eux, ou encore voyager sur un chemin pendant un certain temps avant de changer pour un autre. Il n’y a pas de “bon” chemin à prendre, mais simplement de nombreuses directions possibles parmi lesquelles choisir.

Les conversations dans l'approche narrative

Les conversations narratives sont interactives et toujours en collaboration avec le client. Le thérapeute cherche à comprendre ce qui intéresse le client et adapte le voyage à ses préférences.
De cette façon, les conversations narratives sont guidées et dirigées par les intérêts des clients, qui choisissent l’itinéraire qui leur convient.

Le terme “histoire” dans la thérapie narrative est caractérisé par :

– des événements…

– liés en séquence…

– à travers le temps… et

– selon une trame

Les histoires que nous racontons sur nos vies sont créées en reliant certains événements dans un ordre particulier sur une période donnée, et en trouvant un moyen de les expliquer ou de leur donner un sens. Ce sens constitue l’intrigue de l’histoire.

Un exemple : La gourmandise

Je pourrais créer une histoire sur moi en tant que “je suis gourmande”. Cela signifie que je pourrais enchaîner un certain nombre d’événements qui me sont arrivés en mangeant. Je pourrais rassembler ces événements avec d’autres dans une séquence particulière et les interpréter comme la démonstration que je suis gourmand. Je pourrais penser à des événements tels que ma propension à cuisiner des gâteaux, les mots de mes parents qui disaient que j’étais gourmand, que j’aime volontiers aller au restaurant, passer beaucoup de temps à table avec mes proches, avoir ma boulangerie-pâtisserie préférée pour les macarons, manger plus que nécessaire de ces petites merveilles, et sélectionner tous ces “événements” pour raconter l’histoire. Pour former cette histoire sur ma gourmandise, je sélectionne certains événements comme étant importants et correspondant à cette intrigue particulière. Ce faisant, certains événements sont privilégiés par rapport à d’autres.

Au fur et à mesure que de plus en plus d’événements sont sélectionnés et rassemblés dans l’intrigue dominante, l’histoire gagne en richesse et en épaisseur. À mesure qu’elle prend de l’épaisseur, d’autres événements de mon alimentation sont facilement mémorisés et ajoutés à l’histoire. Tout au long de ce processus, l’histoire s’épaissit, devient plus dominante dans ma vie et il m’est de plus en plus facile de trouver d’autres exemples d’événements qui correspondent à l’intrigue.

Ces événements de gourmandises dont je me souviens et que je sélectionne sont élevés en importance par rapport à d’autres événements qui ne correspondent pas à l’intrigue d’être gourmand. Par exemple, les fois où je n’ai pas eu envie de manger de gâteau, ou quand j’ai choisi le broccoli ou quand j’ai privilégié le salé ou que j’ai arrêté de manger quand je n’ai plus eu faim. Elles peuvent être considérées comme insignifiantes ou peut-être comme un coup de chance à la lumière de l’intrigue dominante. Dans le récit d’une histoire, il y a toujours des événements qui ne sont pas sélectionnés, selon qu’ils correspondent ou non à l’intrigue dominante.

Une histoire dominante - Image life stories de Jill Freedman et Gene Combs

L’histoire dominante de ma gourmandise ne m’affectera pas seulement dans le présent mais aura également des implications pour mes actions futures. Par exemple, si on me demande de changer mon alimentation ou si je veux être en meilleur santé, ma décision et mes projets seront influencés par l’histoire dominante que j’ai sur ma gourmandise. Je suis influencé par l’histoire que j’ai de moi comme étant gourmand, et mes actes et mes décisions sont guidés par cette histoire. Par conséquent, les significations que je donne à ces événements ne sont pas neutres dans leurs effets sur ma vie – elles constitueront et façonneront ma vie à l’avenir.

Nos vies peuvent être contées avec beaucoup d’histoires. De nombreuses histoires se déroulent en même temps et les mêmes événements peuvent donner lieu à différentes histoires. Aucune histoire ne peut être exempte d’ambiguïté ou de contradiction et aucune histoire ne peut englober ou gérer toute notre vie.

Une histoire alternative - Image life stories de Jill Freedman et Gene Combs

Si on se focalise sur d’autres événements, sur des exceptions, ou bien si on laisse émerger d’autres souvenirs, une histoire alternative sur mon alimentation pourrait commencer à se développer. D’autres événements, les interprétations de ces mêmes événements par d’autres personnes, et mes propres interprétations pourraient conduire à l’élaboration d’une histoire alternative sur mon comportement alimentaire. Cette histoire alternative aurait aussi des effets sur mon présent et sur mon futur. Certaines des histoires que nous avons sur nos vies auront des effets positifs et d’autres des effets négatifs sur la vie dans le passé, le présent et le futur.

Les thérapeutes narratifs sont intéressés par les conversations qui cherchent des histoires alternatives – pas n’importe quelles histoires alternatives, mais des histoires identifiées par la personne qui consulte comme des histoires par lesquelles elle aimerait vivre sa vie. Le thérapeute est intéressé à rechercher et à créer dans les conversations des histoires d’identité qui aideront les gens à se libérer de l’influence des problèmes auxquels ils sont confrontés.

Pour le thérapeute la question centrale est : comment je peux aider les gens à se détacher des conclusions hâtives et à réécrire des histoires nouvelles et préférées pour leur vie et leurs relations à leur alimentation ?

Les histoires d'une vie - Image life stories de Jill Freedman et Gene Combs

"Les thérapeutes narratifs souhaitent travailler avec les gens pour faire émerger et épaissir des histoires qui ne soutiennent pas ou n'entretiennent pas les problèmes. Lorsque les gens commencent à habiter et à vivre ces histoires alternatives, les résultats vont au-delà de la résolution des problèmes. Dans ces nouvelles histoires, les gens vivent de nouvelles images d'eux-mêmes, de nouvelles possibilités de relations et de nouveaux avenirs." Jill Freedman et Gene Combs, 1996

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