Sacred Cow – Vaches Sacrée, le film

Sacred Cow est le nouveau film de Diana Rogers et Robb Wolf, qui ont consacré 3 ans pour le réaliser. Ils y transmettent les arguments nutritionnels, environnementaux et éthiques en faveur d’une meilleure viande. Le film était disponible pour les anglophone jusqu’au 30 novembre en streaming.

J’ai préparé un récap pour le personnes ne parlant pas l’anglais, afin qu’elles puissent bénéficier des informations de ce film extraordinaire.  

Il y a un débat aujourd’hui sur le fait si on doit manger de la viande ou pas. C’est un débat sur notre planète, notre éthique et notre santé.

Et si nous débattions sur le sujet erroné ? Et si ces mêmes animaux sur lesquels nous nous disputons étaient la réponse pour réparer ce qui est cassé ?
Diana Rogers

Etat des lieux : la course à la productivité et ses conséquences

Pour répondre à la question posée par le film, nous partons  à la rencontre d’un couple de paysans dans l’Etat américain de l’Indiana. Ils nous racontent leurs débuts, leur production basée essentiellement sur le maïs, le soja, un peu de blé qu’ils cultivent de manière industrielle, avec des pesticides. Au travers de ces paroles qui témoignent de leurs difficultés financières et via les images qui montrent une ferme un peu délabrée, nous nous faisons une image de la vie dure que vit de cette famille d’agriculteurs dans leur lutte pour ne pas couler.

L’explication d’Allan Willimas, PhD, nous éclaire sur le fondement de cette réalité. Il explique que dans cette course au confort, à la productivité, nous avons perdu le lien naturel à la terre. Nous avons perdu la qualité nutritionnelle naturelle des aliments, nous avons perdu en qualité de sol, mais nous avons aussi perdu la santé économique des producteurs. Nous apprenons que le paysan moyen est en train de perdre de l’argent. Les agriculteurs mettent leur  budget  dans des produits chimiques qui dégradent la qualité du sol, détruisent l’écosystème caché souterrain. Le mécanisme financier agricole est fait de telle sorte que malgré leur récolte ils ne sont pas sûrs de payer leurs dettes et ils s’enfoncent dans un cercle vicieux.

Image par Greg Larcombe de Pixabay

Comment en est-on arrivé là ?

Après la deuxième guerre mondiale il était urgent de trouver des solutions pour nourrir toute la planète. Une partie de la solution aux questions de production de la nourriture est venue de la chimie. L’avènement des engrais chimiques n’a plus contraint le paysan à une pratique traditionnelle de la  rotation des cultures et fait disparaître les fermes mixtes ayant à la fois des cultures et des animaux. Les paysans se sont spécialisés et n’ont cultivé que quelques types de plantes sur toutes leurs terres. N’ayant plus d’animaux pour fournir l’engrais naturel, ils sont devenus dépendants des fertilisants issus du pétrole et il a fallu désormais protéger ces grandes monocultures à grand renfort de pesticides et d’insecticides. Les animaux ont été séparés de la production des végétaux et cela ne fut pas sans conséquences : L’un des effets le plus dévastateur selon le dr Walter Willet, a été la perte de la biodiversité.

Les mêmes logiques de productivité et de rentabilité ont été employées pour l’élevage.  Sauf que ces êtres ne se prêtent pas à cette vision réductrice d’un objet économique. Si on les concentre, on les coupe de leur environnement et de leur vie sociale, et ces animaux vont subir un stress énorme. En les coupant de leur environnement, en les concentrant dans des endroits fermés et réduits, on crée également des problèmes de concentration de déchets, qui, au lieu de retourner dans la terre et servir d’engrais, vont simplement devenir des déchets industriels à traiter comme dans d’autres industries.

On réinvente les aliments – plus de plaisir et plus de commodité au lieu des nutriments

Au fil du temps la question de nourrir le monde s’est transformée. La chimie s’est invitée  dans la transformation des aliments et en laboratoire, on a commencé à rendre les aliments plus désirables, plus savoureux et plus pratiques au quotidien. Au lieu de nourrir l’Amérique, on a commencé à travailler sur la question de comment exciter  les papilles des Américains.

Produits instantanés et surgelés, plats cuisinés ont envahi les magasins. Les publicités vantaient le gain de temps et le confort ainsi créé. Pour rendre les aliments plus attractifs, nous avons commencé à ajouter plus de sucre, de sel, d’arômes dans les aliments, selon Robb Wolf , biochimiste, producteur du film et auteur du livre The Paleo Solution. C’était l’époque des diner-télé qui commençaient à transformer la vie des familles.

Selon Marc Hyman et Chris Kresser, médecins, la nourriture actuelle a été conçue pour être addictive. Rien d’accidentel, mais au contraire totalement pensée pour. Naturellement, le cerveau est attiré par des aliments très riches et gratifiants et il réclame l’aliment qui fournit cette sensation. C’est la faille dans laquelle l’industrie agro-alimentaire s’est engouffrée, en proposant des aliments de réconfort ultra-transformés et en rendant leurs inventions les plus addictives possibles. Aujourd’hui nous vivons dans un environnement avec littéralement une quantité infinie d’expériences de saveurs possibles, totalement absentes auparavant dans l’histoire de l’humanité et dans la nature.

Le revers de la médaille ? Notre santé déclinante.

Que fait-on quand on veut engraisser un animal – demande le dr Walter Willet ? On l’enferme, on l’empêche de bouger, et on lui donne beaucoup de céréales. Voici l’explication pour l’épidémie de l’obésité aux Etat Unis car ça marche aussi chez les humains.

Mais, au lieu d’attirer l’attention sur les méfaits des produits industriels et transformés, le gouvernement nous dit de manger moins de graisses. On communique depuis plus de 50 ans sur les méfaits de cholestérol, sur le soi-disant lien entre cholestérol et maladies cardio-vasculaires et même certains cancers. On conseille d’éviter les graisses, surtout les graisses animales, saturées.

Selon Nina Teicholz, auteure de The big fat surprise, les recommandations officielles sont puissantes, car elles sont véhiculées par les acteurs de la sphère médicale, qui ont une fonction d’autorité. Les cantines doivent fonctionner à base de ces recommandations. Ce qui signifie dans les faits que dans le repas d’un collège par exemple, ce qui est présent au niveau des macronutriments, ce sont quasi exclusivement des glucides. Ces glucides remplissent le ventre, mais laissent les cellules sur leur faim, et elles vont re-demander leur dû. Le déjeuner pris en exemple dans le film contient l’équivalent de 23 cuillères à thé de sucre (presqu’une demi-tasse !)

Avec ces messages officiels, qui indiquent de manger moins gras, moins de viande, et uniquement des viandes maigres, que s’est-il passé depuis un demi-siècle ? Nous sommes  devenus encore plus gros, des maladies dite de civilisation sont apparues, comme le diabète type 2 ou le  syndrome métabolique.

Image par FreePhotosART de Pixabay

Avons-nous besoin de plus de preuves que le message est erroné ?

Puis, au fil du temps, au lieu de diaboliser les graisses, le message a changé : l’ennemi N°1 est désormais la viande. D’abord les produits carnés transformés, puis les viandes rouges sont désormais décriées comme des substances dangereuses, cancérigènes. Puis, on laisse de côté dans les « recommandations » les produits transformés et ne reste que le message pour nous avertir sur les méfaits présumés de la viande rouge. De plus, continue Nina Teicholz, d’autres messages se sont greffés à charge pour la viande : la cause de la planète, la cause du bien-être des animaux, etc. La viande est devenue un ennemi bien plus méchant que la graisse pouvait l’être.  

Témoignage d’une ex-végane

Le témoignage de Lierre Keith, auteure du Mythe végétarien, une végane militante repentie, nous amène à voir la cible idéale des végans : des jeunes idéalistes, urbains, coupés de la vraie vie et ne connaissant rien à la nature, ses lois et ses secrets. Ils sont brillants, intelligents, sensibles, friands de recherches et d’infos, avec des arguments bien documentés, et armés de listes qui prouvent qu’il y a des nutriments nécessaires également dans les plantes ; ils sont convaincus de faire le bon choix.

Elle raconte sa rencontre avec une militante, son changement de régimes, ses recherches et ses débuts. Puis elle passe à ses hypoglycémies qui sont apparues peu de temps après, malgré un effort considérable pour atteindre un équilibre alimentaire. Elle continue son histoire en énumérant avec les dégradations de sa santé avec des problèmes de colonne vertébrale, des maladies auto-immunes, sa féminité qui était mise à l’arrêt. Mais malgré ces évolutions, elle n’a pas fait le rapprochement entre son alimentation et ses problèmes de santé.

Paleohacks Podcast episode

Pourquoi avons-nous besoin de produits animaux ?

Selon les spécialistes, ce n’est qu’une question de temps avant que la santé de la plupart des vegans décline. La raison pour cela selon Chris Kresser, c’est notamment que certains nutriments sont présents exclusivement dans les produits animaux. Ou alors ils peuvent être présents dans certaines plantes, mais en quantité minime, comme la vitamine B12. D’autres nutriments sont présents sous une forme moléculaire différente, moins assimilable (fer, zinc, EPA, DHA, calcium) et leur biodisponibilité est moindre. On peut se complémenter, mais selon lui, on devrait toujours privilégier les aliments par rapport aux compléments, qui ne pourront jamais remplacer les nutriments présents à l’état naturel dans l’aliment.

Dans la course à la diabolisation, on met aujourd’hui la viande parmi les toxines comme le tabac, l’alcool, l’asbeste, ou l’arsenic. Et même si à côté de ces messages diabolisants subsistent des informations qui disent que la viande contient des nutriments essentiels pour la vie, cela crée une profonde confusion chez les gens. Qui croire ?  Dans les recherches scientifiques  il n’y a pas de corrélation établie entre la consommation de viande rouge et le cancer ou d’autres problèmes. En revanche, il y a des preuves du lien entre ces maladies et les produits transformés.

Ce qu’il faut donc faire, selon le dr Marc Hyman, c’est de regarder dans quel type de régime la consommation de viande est présente. Si on mange des produits non transformés, bruts, transformés à la maison dans la cuisine, riches en plantes, riches en graisses originelles, il n’y a aucune indication qui montre que manger de la viande peut nuire à la santé.

Frédéric Leroy attire l’attention sur le fait qu’on a fait la distinction entre viande et régimes basé sur les plantes. Il y a une opposition entre régimes à base de protéines végétales et régime à base de protéines animales. On ne veut pas voir ce qu’il appelle l’éléphant dans le magasin de porcelaine : les produits transformés. Au lieu de blâmer les produits manufacturés de l’industrie, on préfère détourner le regard et on fait de la viande le bouc émissaire.

Il est par ailleurs peu probable qu’un aliment que l’humanité consomme depuis des millénaires soit responsable de l’obésité, de maladies cardiovasculaires, du diabète et d’autres maladies de civilisation, puisque ces problèmes n’existaient pas avant l’industrialisation de notre agriculture. Tout laisse à penser que les produits transformés sont les fautifs.

Conférence de Frederic Leroy

La question de l’éthique

Produire beaucoup de viande en peu de temps, par l’approche industrielle décriée plus en haut, demande des sacrifices. Or, il est tout à fait possible d’élever des animaux en les respectant, en production locale, de manière non industrialisée, dans un environnement naturel. Le film montre des exemples concrets d’éleveurs, et même de boucheries et d’un abattoir responsables, qui produisent de la viande de manière respectueuse et de qualité. On fait la connaissance  d’éleveurs qui chérissent leur animaux, qui se soucient de leur bien-être et qui les accompagnent jusqu’à leur dernier voyage. Ils sont sensibles et reconnaissants, remplis de gratitude pour les animaux qui nous nourrissent.

Nous visitons une boucherie en Californie, dont les propriétaires, un jeune couple, expliquent leur choix, pourquoi au lieu d’ouvrir un restaurant, ils sont arrivés à la conclusion que c’est une boucherie avec de la viande de qualité dont les gens avaient besoin. Ils connaissent leurs producteurs locaux, leurs méthodes de travail, ils savent comment ils travaillent et les rapprochent producteurs et consommateurs. Cela demande de travailler en local, à petite échelle, et tout le monde s’y retrouve. Leur but est de fournir de la viande dans laquelle les consommateurs peuvent avoir confiance. Parmi leurs clients on trouve des ex-végé ou ex-végans.

Selon Lierre Keith, la question est  complexe, car pour un végan, la question de ne pas manger de viande est devenue une question identitaire. Si on questionne la justesse de ce choix, en présentant d’autres points de vue, on touche à leur identité, à leur construction, et le débat n’est en général pas possible pour ces raisons. C’est ce que montrent les manifestations contre les boucheries, comme celle de Californie que le film montre.

Selon Joel Salatin, le père de l’agriculture régénérative, le changement de notre société n’est pas étranger à cette question de manger de la viande ou pas. Auparavant, les gens avaient un contact quotidien avec la nature et les animaux. La relation viscérale, la dépendance mutuelle écologique ont disparu. Nous nous sommes coupés de la nature et de notre nature, et la question de manger de la viande est devenue le symbole de cette coupure, alors que nous sommes devenus irraisonnables/déraisonnables et avons perdu le bon sens.

Puis nous revoyons la boucherie de Californie, avec des manifs de végans devant leur porte. Les végans réclamaient la fermeture de la boucherie.  La propriétaire nous explique pourquoi elle a entamé le dialogue : elle voulait comprendre la position des végans. Selon les propriétaires, ils ont beaucoup de valeurs communes avec les véganes : ils œuvrent pour le même but : donner une vie aux animaux qui respecte leur bien-être. Ils sont tout autant contre les élevages industriels ; c’est juste la voie qu’ils ont choisie pour oeuvrer pour cet idéal qui diffère.  Au final, ils se sont mis d’accord avec les végans de mettre sur la vitrine un texte qui reconnait le droit des animaux, qui dit que les tuer n’est pas juste. Et ils ont ainsi obtenu la paix.

Produire de la viande en laboratoire ?

La question se pose aujourd’hui : pourquoi ne pas faire pousser de la viande en laboratoire ? Comme ça la question des animaux serait réglée. Nous en sommes (scientifiquement) capables. Mais, comme le dit Robb Wolf, posons-nous la question : d’où viendront les nutriments dans cette fausse viande ? La réponse est : des plantes issues de l’agriculture intensive et aussi de produits pétroliers. De plus, pour donner à tout cela une allure de viande, il faut le transformer à outrance de manière industrielle. Ce n’est donc une option ni écologique et ni  durable, ni saine, contrairement à ce qu’on peut entendre parfois.

Les marques Beyond meat, et Impossible burger tendent à nous faire croire le contraire. Elles ne nous expliquent pas la fabrication et le processus de transformation industriels. Elles se concentrent sur le marketing pour nous vendre leur produit à la mode comme un choix sain, écologique et durable. Or, il n’en est rien. Les matières premières sont issues de plantes cultivées de manière industrielle, avec de grosses machines, beaucoup d’intrants et de pesticides responsables de la disparition des vers de terre et d’autres organismes, qui privent les oiseaux de leur habitat naturel, tuant au passage des machines de milliers de rongeurs ou d’autres formes de vie.

Un élevage en harmonie avec la nature

Nous partons ensuite à Matterdale, en Angleterre, pour découvrir une tradition pastorale d’élevage de mouton, présente sur les mêmes terres depuis des siècles. Certes, la nature n’est pas sauvage, mais même en arrêtant l’élevage sur ces terres, la nature ne redeviendrait pas comme avant. Une des possibles voies que l’éleveur nous propose,  c’est de ne pas opposer d’un côté les méchants agriculteurs qui détruisent la nature et de l’autre côté la nature elle-même. Il est possible de respecter la nature en œuvrant pour la biodiversité, vivant en harmonie avec elle. C’est ce que cet éleveur a mis en place, et il a vu depuis 1 an et demi la faune et la flore se transformer. Des espèces s’invitent désormais sur ses terres, comme des papillons ou des hiboux. Il ne faut plus faire le choix entre nature sauvage et agriculture. Il y a une meilleure voie qui inclut les deux en même temps.

Pourquoi manger végé ne sauvera pas la planète-Alimentation Intégrative

L’élevage en agriculture régénérative en Virginie

Une des conséquences désastreuses du « miracle agricole » est qu’aujourd’hui la qualité du sol est dégradée. Joël Salatin nous explique que nous pouvons remédier à cela. En 40 ans il a été possible de faire refaire vivre des terres arides, où il n’y avait presque plus de végétation, les transformant en des prairies verdoyantes, avec une couche d’humus vivante. Il explique comment l’utilisation des animaux dans les élevages tout respectant leur nature, celle d’êtres en mouvement, peut contribuer à rebâtir et renourrir le sol et contribuer à la biodiversité.

Ses observations partent de la nature elle-même et il en recrée la logique en divisant la terre en parcelles et en déplaçant souvent ses animaux. C’est ce qu’on appelle les pâturages fertilisants. Cela contraste avec la pratique actuelle de laisser les animaux sur un grand terrain pendant toute la saison, qui conduit à des endroits dépourvus d’herbes et à la destruction du sol.

La couche de terre vivante se développe sous l’herbe grâce aux herbivores. Dans la nature, les animaux sont toujours en mouvement. Dans la nature, il sont éliminés par es attaques de prédateurs puis absorbés dans le sol après leur mort.

Nous voyons ensuite des élevages mobiles de lapins, des porcs sous les arbres, ou encore des caravanes de poulets. Ainsi, la même surface de terre est utilisée pour différents animaux, qui vivent ensemble en synergie. Dans ce système les vaches sont un outil de management écologique, qui contribuent à enfermer le carbone dans le sol et ainsi le fertiliser. Il contribue également  à augmenter la longueur des racines des plantes, assurant ainsi leur aération, et augmentant sa capacité du sol à stocker l’eau, à être moins sujet à l’érosion, comme  nous l’explique Judith Schwartz, auteure de Cows save the planet. L’agriculture régénérative imite le fonctionnement de la nature en utilisent différents animaux et plantes, aidant les fermes partout dans le monde à être plus productives tout en étant en harmonie avec la nature.

Le méthane en question

Puis nous avons le droit à une petite leçon sur le méthane, si décrié dans le changement climatique. Nous apprenons que le méthane biogénique que les vaches émettent, a un demi-cycle de vie de 10 ans. Puis il se décompose en H2o et CO2. Sans cette eau et ce méthane, il n’y aurait pas de pluie. Ce n’est pas du tout le cas des méthanes issus de l’industrie pétrolière. Ce dernier ne fait pas partie d’un cycle biologique naturel contrairement au méthane des vaches, et son recyclage naturel n’est pas assuré – nous explique Nicolette Hahn Niman, avocat spécialisé dans l’environnement, auteure de Defending Beef.

La capacité de la terre pour stocker de l’eau dépend des plantes

Vient alors une démonstration de la capacité de la terre en matière de rétention de l’eau. Nous participons à une démonstration avec 4 récipients remplis de terre, et pour certains d’herbe, sur lesquels on simule une pluie. Le système déverse l’équivalent de  50 mm de pluie  en peu de temps sur les récipients remplis de terre. Et on voit l’eau qui s’écoule  en dessous des récipients et ainsi il est possible déduire la quantité qui est gardée par la terre. La terre nue issue de la monoculture de céréales n’est même pas mouillée quand on renverse le récipient : l’eau l’a traversé et il n’avait pas la capacité de la retenir. La terre issue d’un terrain en agriculture régénérative, pleine de racines des herbes qui poussent dessus, est presque complètement mouillée.

La question des terres arables

Beaucoup de gens disent que les vaches prennent de la surface, sur laquelle nous pourrions produire des céréales. Or, comme nous l’apprenons par la suite, la plupart des terres sur lesquelles on laisse les animaux paitre sont inutilisables pour autre chose et notamment pour faire pousser des céréales. Les raisons en sont multiples, il peut faire trop chaud, trop froid, il peut y avoir trop de pluie ou trop de cailloux ou rochers ou encore trop de vent. Si on n’y élevait pas des animaux, aucune nourriture ne pourrait être produite dans ces contrées.

Pour visualiser le propos, nous voyons Frank Mitloehner faire une démonstration.

Si on prend une feuille A4 qui symbolise la terre, il faut la plier en quatre pour obtenir la surface des continents sur la terre, le reste étant occupé par les océans et la glace.

La taille des terres utilisables en agriculture correspond à la taille d’une carte de visite à mettre en regard de la feuille A4. Si on partage cette carte de visite en trois parties :

1/3 de cette terre est dite arable, c’est-à-dire propice à la culture des céréales. Les deux autres tiers de la carte de visite sont des landes marginales, qui ne peuvent pas servir à cultiver des céréales.  70% de la terre agricole disponible n’est donc pas adaptée à autre chose que de servir de pâturage pour les ruminants. (les autres animaux n’ont pas le système digestif adapté pour pouvoir se nourrir des plantes et herbes qui poussent sur ces terres). Si on n’utilise pas ces terres, on renonce à la grande majorité des terres agricoles disponibles sur la Terre. Cela créerait un énorme trou dans le système alimentaire, en enlevant les aliments qui ont la plus grande densité nutritionnelle.

Image par _Marion de Pixabay

Le désert redevenu prairie

Nous partons ensuite au Mexique dans le désert de Chihouahouan. Cet espace était il y a 60 ans une prairie. Le sol s’est dégradé petit à petit et rien n’empêchait l’érosion de la terre. L’eau ne pouvant pas être absorbée par les racines des herbes, elle a commencé à détruire le paysage. Ce phénomène est observable dans toute la région. Notre hôte là-bas fait partie d’un collectif qui a entrepris de faire reverdir plus de 400 000 ha de terre. Au temps des bisons/antilopes et des chevaux l’herbe était très haute. C’est dans cet esprit qu’on peut travailler pour redonner vie à cette terre aride. Comment ? A l’aide de vaches et de chèvres ! Les vaches cassent la couche dure extérieure du sol. Elles la fertilisent en même temps. Cela crée un environnement idéal pour que les céréales puissent pousser et faire reverdir petit à petit le désert.

L’agriculture régénérative donne une alternative viable à grande échelle dans des régions différentes. Nous pouvons faire autrement et au lieu de continuer à détruire la terre, nous pouvons la soigner. La démonstration par cette initiative et le sol, une partie du désert est redevenue fertile et vivante, elle accueille aujourd’hui par exemple des champignons et des bousiers, mais aussi des renards, des cerfs, des aigles ou encore des lynx, des sangliers et des hiboux.

Le problème n’est pas la vache, mais comment nous gérons les vaches
Joel Salatin

En mimant la nature et en faisant adopter aux animaux domestiqués le comportement d’animaux sauvages, nous pouvons régénérer le sol et guérir les blessures de la terre. L’espoir existe, nous pouvons y arriver.

Sans les ruminants, nous ne pouvons pas nourrir la planète.

Un détour par l’Afrique : les animaux ont là-bas un autre atout sociétal : les femmes peuvent en posséder, contrairement à la terre qui reste l’apanage des hommes dans beaucoup de pays encore aujourd’hui. Quand une femme possède un animal toute la famille mange mieux.

Plus on est pauvre, plus on mange des amidons dans le monde et plus grande est la dénutrition. On sait que si on complète ces glucides ne serait-ce qu’avec un tout petit peu de protéines animales, le développement physique et mental s’en trouve amélioré. Une recherche démontre qu’une petite quantité de viande améliore par exemple la performance des écoliers aux examens de 45 %.

Nous ne pouvons pas comparer notre situation dans les sociétés occidentales avec d’autres pays et décréter que manger de la viande est mauvais. Ce serait injuste pour eux, pour qui la question se pose de manière très différente et peut même être une question de vie ou de mort. Leurs habitants n’ont pas la possibilité d’aller chez le médecin pour se supplémenter. Mais ils peuvent avoir accès à ces nutriments par la viande ou le lait. Ces nutriments sont présents d’une façon plus bio-disponible dans les produits animaux, ils ne doivent pas en consommer des kilos et des kilos pour en avoir suffisamment.

Le message nocif des journées végétariennes à la cantine

La malnutrition n’est pas l’apanage des pays pauvres. Les auteurs prennent en exemple les « meatless Mondays » (lundi sans viande)  aux Etats Unis, l’équivalent de notre journée végétarienne dans les cantines françaises. Quel est le problème avec cette initiative ?

Le premier, c’est qu’on envoie un message aux enfants qu’ils ne devraient pas manger de viande, ce qui peut être fallacieux.

Puis, pour des enfants de certaines classes sociales, le repas du midi à la cantine est le seul repas équilibré qu’ils peuvent prendre.  Avec ces journées on les prive des nutriments qui leur sont nécessaires pour grandir et être en bonne santé.

Une assiette sans mort ? – impossible même en mangeant végan

Image par JoeBreuer de Pixabay

Puis nous faisons un tour autour de la question de la mort. Réduire la mort à la question de la viande ou pas dans l’assiette est très réducteur, cela ne reflète pas la complexité de la nature. Car pour produire des plantes, nous devons éradiquer une énorme quantité d’animaux. Qu’il s’agisse d’insectes, de rongeurs, de lapins, de limaces , de vers de terre ou d’autres animaux, nous ne pouvons pas produire de plantes sans tuer d’animaux via les pesticides, les machines, les récoltes, ou tout simplement en les privant de leur lieu de vie naturel. Et nous n’avons pas encore parlé d’autres types de vie, souvent invisibles à l’œil nu : on parle de plus d’un million d’êtres vivants dans une cuillère à soupe de terre.

On ne peut donc pas dire qu’en mangeant uniquement des plantes, on n’a pas tué pour manger. Ce n’est simplement pas vrai. La vie ne peut pas perdurer sans la mort.

Vie –mort – décomposition – regénération est le cycle de toute vie sur la terre.

C’est le fondement de notre processus  écologique.

Un abattoir local et respectueux à l’initiative des éleveurs

Tuer les animaux de manière non violente ? Selon ce groupe de paysans qui est interviewé dans le film, c’est possible. Ils ont fait construire un abattoir spécialement pour eux, en veillant à respecter le bien-être animal, en se basant sur leurs propres critères. Ils sont contents que l’initiative vienne des paysans eux-mêmes, eux qui sont attachés à leurs animaux ; ils ont réalisé leur rêve et ne sont plus dépendants d’autres pratiques avec lesquelles ils n’étaient pas d’accord.

Image par Pete Linforth de Pixabay

Le changement est possible et porteur de bien-être pour la planète, pour la santé, pour les animaux et pour les paysans

A la fin du film nous revoyons le couple d’agriculteurs présenté au début et ayant des difficultés financières. Ils ont participé à une formation intensive d’une semaine et ont commencé l’agriculture régénérative. Aujourd’hui ils ont un troupeau de vaches nourries sur herbe, ils ont délaissé l’agriculture industrielle et cela leur a ouvert la possibilité de vivre dignement. Ils ont commencé à gagner de l’argent, au lieu d’en perdre.

L’agriculture régénérative est la seule façon de nourrir le monde sans détruire la planète –  dit Joel Salatin. En la pratiquant, nous agissons sur l’environnement, sur la santé de la planète et de ses habitants mais  aussi  sur la société, en permettant aux paysans de vivre de leur travail.

A la fin du film nous rencontrons des paysans du monde passionnés de leur travail, préoccupés par l’environnement et font tout ce qui est en leur pouvoir pour préserver la nature, produire de la nourriture de bonne qualité et veiller au bien-être animal : ils pratiquent tous l’agriculture régénérative, qu’il soient en Allemagne, dans le Minnesota, en Uruguay, en Argentine ou en Afrique.

Prospérons au naturel !

Si vous avez des doutes, ce que vous pouvez faire pour devenir régénétarien, lisez cet article, vous y trouverez les informations pratiques et utiles : Devenez régénétarien

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